France: Restitution du patrimoine africain

Vendredi 23 novembre 2018 est remis au Président Macron un rapport aussi attendu que sensible sur la restitution d’oeuvres d’art à des pays africains. Alors que ces restitutions se heurtent jusqu’à présent aux principes juridiques français « d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité […] des collections publiques », le Président de la République française a créé la surprise il y a bientôt un an lors d’un discours donné à Ouagadougou, Burkina Faso. Ce discours, déjà devenu un jalon dans l’Histoire des relations franco-africaines suscite l’enthousiasme tout comme un fort émoi dans les musées français et européens mais également auprès des collectionneurs privés.

Interroger la constitution des collections

Dans son cours au Collège de France, Bénédicte Savoy, co-auteure du rapport avec l’essayiste et universitaire Felwine Sarr, rappelle que, bien avant les colonisations africaines, pillages et restitutions faisaient tour à tour partie des actes de guerre et des gestes d’apaisement. Cicéron, lui-même, a plaidé contre Verres à l’occasion de l’« achat » fort peu scrupuleux d’une statue sicilienne. Mes origines soissonaises m’ont appris dès l’enfance combien Clovis pouvait se montrer tranchant lorsqu’un de ses soldats considérait un vase comme part légitime de butin plutôt que comme aimable restitution diplomatique, fût-elle à l’origine d’une dynastie royale…

L’oeuvre cicatrisante du temps (sans effet aucun pour l’indiscipliné soldat franc), la lumière crue des études post-coloniales et les témoignages de collectifs d’artistes éveillent (très) progressivement les consciences occidentales friandes d’histoires et de traçabilité.

Aussi avant même de procéder à des restitutions, les musées semblent prêts à mener des actions significatives :

  • interroger scientifiquement la constitution des collections ethnographiques,
  • reconnaître que nombre d’ « acquisitions » relèvent du vol et de pillages coloniaux,
  • préciser les parcours sociologiques (provenances, éventuelles appartenances successives, potentielles valeurs religieuses, hybridations connues…) sur les cartels et autres ressources documentaires.

Parts de butin, pièces de collection destinées à une “élite éduquée” ou objets d’étude scientifique dignes d’être présentés au plus grand nombre tout en étant préservés de multiples dommages… , les artefacts ne laissent pas à court d’arguments ceux qui ont le pouvoir de les acquérir puis de les conserver. Les oeuvres d’art s’inscrivent également au coeur d’enjeux diplomatiques de première importance lorsque les équilibres viennent à évoluer. Il n’a échappé à aucun observateur que c’est bien le cas entre les anciennes puissances coloniales et les pays africains qu’une nouvelle stabilité dote de forces démographiques et de ressources naturelles enviées.

Restituer, collaborer, coopérer

Le déséquilibre considérable entre le nombre de pièces antiques présentes en Afrique et en France dans les seules collections publiques plaide en faveur de restitutions. Toutefois, l’intérêt du rapport remis demain sera vraisemblablement d’engager une large politique de coopération culturelle. Les seules restitutions, potentiellement polémiques et juridiquement épineuses, pourront s’accompagner de prêts comme de programmes de formation en Histoire de l’art, conservation et médiation. Par ailleurs, la grotte de Lascaux tout comme l’ange au sourire de la cathédrale de Reims montrent combien des copies de qualité et identifiées comme telles peuvent présenter des intérêts de conservation et d’accessibilité pour de très larges publics.

Regards européens

Si la presse française fait largement écho de la remise du rapport Savoy-Sarr, ce dernier n’est pas moins relayé dans d’autres pays européens qui ont pris part eux-aussi aux conquêtes coloniales africaines et ont livré une course aux pillages.

En effet, les débats sur le statut des oeuvres conservées en Europe dans les collections publiques et privées est largement alimenté par les (ré-)ouvertures prochaines de musées.

Après plusieurs années de rénovation qui ont permis de renouveler le regard sur la période coloniale belge, l’Africa-museum ré-ouvrira le 9 décembre prochain à Tervuren à proximité de Bruxelles. L’ouverture du prestigieux Humboldt-forum en Allemagne en 2019 est également au centre de nombreuses discussions en Allemagne où les conservateurs de musées étaient jusqu’à présent mobilisés par les restitutions des spoliations de la Seconde guerre mondiale.

Les prochaines années vont-elles voir les pays européens se livrer à une course plus vertueuse aux restitutions des oeuvres africaines et aux ambitieux programmes de coopération culturelle ?

D’ici là, pour en savoir davantage sur le sujet, vous pouvez:

illustration: captures d’écran France culture, Le Monde, NRC.nlDe Standaard.be

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