Pays-Bas: Une fête traditionnelle en débat

St Nicholas – Haarlem – ’97

Alors qu’approche la fin de l’année avec son lot d’événements sociaux, de partages de cadeaux, de chansons, de plats et autres friandises, il est une fête très populaire aux Pays-Bas qui fait depuis quelques années l’objet tout à la fois d’un débat identitaire plus que tendu et d’une recherche de consensus typiquement néerlandaise. Il s’agit de la fête de la Saint Nicolas.

Saint Nicolas aux Pays-Bas

Entre le 12 novembre et le 5 décembre, le voyageur non informé peut être surpris de croiser dans les villes néerlandaises de joyeuses bandes composées d’un personnage à la barbe blanche, tout de rouge vêtu et flanqué de 2 ou 3 compagnons costumés et grimés. A y regarder de près, le barbu rouge n’est pas le père Noël mais son lointain inspirateur: Saint Nicolas ou Sinterklaas en néerlandais (… devenu Santa Claus). Quant à ses acolytes, ce sont des Zwarte Pieten ( que l’on peut traduire par « Pierre Noirs ») , personnages bien plus sympathiques que le Père Fouettard, équivalent de la tradition du Nord et du Grand Est français, dont le seul nom dit tout des principes éducatifs.

En effet, si depuis les années 70 et la contestation de l’autorité, Zwarte Piet a abandonné les réprimandes ou profit de friandises et menus cadeaux, ses attributs font l’objet de clivages de plus en plus exacerbés. Il faut dire que son costume (fraise, béret orné d’une plume, cape, pourpoint à manches bouffantes et haut-de-chausses en velours bigarré) et surtout la perruque de cheveux noirs crépus, le grimage noir et éventuellement les lèvres rouges et charnues… sont sans ambiguïté une référence aux esclaves noirs des cours européennes des XVIe et XVIIe siècles.

Variété des réactions: du déni à la recherche de consensus en passant par l’agressivité

Lorsqu’en 2013, des accusations de racisme circulent sur les réseaux sociaux et qu’une pétition demande la disparition des  Zwarte Pieten, l’incrédulité est grande dans l’ensemble de la population. Dès leur indépendance du royaume d’Espagne au XVIIe siècle, les Pays-Bas ont construit leur identité sur la tolérance. S’entendre dire que le personnage positif et généreux de leur enfance… n’est ni positif, ni généreux et qu’il est même l’expression d’un racisme stupide au même titre que les Blackfaces nord-américains, voilà qui sème le trouble ! 

En 1998, 96% des personnes sondées voyaient dans cette tradition un folklore bon-enfant dépourvu de discrimination.  En 2017, le chiffre était toujours de 88 %. Entre temps, le débat s’est cristallisé. Les défilés festifs organisés par les municipalités à l’intention des enfants et de leurs familles font l’objet de débordements de la part d’activistes pro- ou anti- Zwarte Pieten. Les partis politiques de gouvernement ne s’engagent que timidement dans le débat arguant qu’il s’agit d’une fête destinée aux enfants. Le Parti de la liberté, ouvertement identitaire et intolérant, a tenté en 2017 sans succès de déposer une loi pour protéger le personnage.

Consciente de son rôle prescripteur, la chaine de télévision publique qui diffuse quotidiennement le très suivi « Journal de Saint Nicolas » a supprimé le maquillage intégral et les perruques. La présence de « Pieten Arc-en-ciel » n’a pas connu de suites tant elle était en décalage avec la tradition. Le compromis actuel semble s’arrêter sur la présence autour de Saint Nicolas de Pieten sans maquillage et d’autres au visage barbouillé de noir, davantage associé à un ramoneur qu’à un esclave noir. Les villes d’Amsterdam et d’Utrecht ont adopté le même compromis pour leurs défilés respectifs. Rotterdam, deuxième ville du pays et la plus multiculturelle, dont le défilé 2018 se tiendra demain, verra autour de Saint Nicolas une garde rapprochée de Pieten aux visages intégralement noirs.

5 points à retenir

  • Les débats post-coloniaux s’internationalisent et trouvent des réponses localement différentes selon les parcours coloniaux des pays concernés.  On se souvient des réactions provoquées à l’automne dernier par la présentatrice vedette, Megyn Kelly, aux Etats-Unis qui ne trouvait rien à redire aux Blackfaces de la fête d’Halloween.
  • La discrimination est beaucoup plus insidieuse que ce qu’une grande majorité de la population néerlandaise – et européenne mais ce n’est pas le sujet ici – qui ne se reconnait pas comme raciste, est prête à entendre.
  • Depuis 2013, une fête traditionnelle néerlandaise destinée aux enfants évolue en même temps que des activistes y trouvent une tribune.
  • Les imageries forgées pendant l’enfance sont difficiles mais pas impossibles à faire évoluer.
  • Même si cela devient une banalité que de le relever, il faut encore répéter combien les réseaux sociaux et pétitions en ligne figent les positions davantage qu’elles n’enrichissent les représentations et ne permettent une reconnaissance des valeurs respectives des différentes positions.

Sources en ligne en néerlandais

Illustration: Défilé de Saint Nicolas, Haarlem, nov. 1997, album familial Macquart – Où les deux petits blonds ne sont pas hollandais et le Zwarte Piet n’est vraisemblablement pas un raciste primaire mais véhicule néanmoins une pratique discriminante.

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