Monde: Pourquoi l’interculturel ?

Le 10 décembre prochain seront célébrés les 70 ans de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Pourtant, l’idéal commun des auteurs de la Déclaration ne semble plus être nécessairement un horizon partagé: les enceintes internationales telles que l’ONU sont régulièrement remises en cause; l’universalisme est interrogé au nom du relativisme culturel. Dans un contexte international qui enregistre de forts replis, l’interculturel offre-t-il la même pertinence qu’à l’aube des années 2000 ?

Un ordre mondial… en désordre

Les dénonciations d’Accords internationaux et autres démonstrations de force dans le domaine du commerce international rencontrent les faveurs d’opinions publiques qui se sentent fragilisées par la mondialisation. 

L’Europe, que son Histoire conflictuelle pourrait avoir prévenu contre les violences, semble tentée depuis les années 2010 par ses démons: 

  • parlementaires sourds à la raison, prêts à plonger leur pays dans l’inconnu plutôt qu’à dépasser leur vision partisane et court-termiste, 
  • remises en cause de la séparation des pouvoirs, de la liberté de la presse et revendications de politiques dites « illibérales »,
  • désignations de boucs émissaires.

Dans un registre moins brutal mais tout aussi révélateur de la tendance, le Boston Consulting Group relève, dans une enquête publiée en juin 2018 et menée auprès de 366 000 personnes dans 197 pays, une baisse de 7 % du désir de mobilité internationale par rapport à 2014.

Un ordre mondial en recomposition

S’il est difficile de nier un reflux du multilatéralisme et de l’ordre mondial tel que l’on connu les auteurs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il ne faut pas céder trop rapidement aux sirènes de la guerre de tous contre tous. En effet, à une échelle de 70 ans et même à une échelle plus longue, le nombre de conflits ne cesse de diminuer tandis que l’interdépendance augmente. On peut se ranger aux analyses de Bertrand Babie lorsqu’il voit dans les déboires de la mondialisation la recomposition d’un ordre mondial à partir de pays faibles du Sud, dont les besoins sociaux interrogent sous un jour nouveau le droit à l’égalité, la sécurité alimentaire et environnementale, les besoins éducatifs et culturels… Quand l’humain, l’Homme revient en haut de l’agenda mondial !

Interculturel renouvelé

Même si le commerce international et les mobilités de cadres se contractent dans un avenir proche, l’essor des technologies de communication, le développement des transports et la pression environnementale vont accroitre les interactions entre personnes et groupes sociaux de cultures différentes.  

Dans le même temps – et sans que cela soit contradictoire -, les paradigmes utilisés ces dernières années dans de nombreux domaines sont amenés à évoluer. La force utilisée par des superpuissances étatiques ou économiques, les règles de gestion désincarnées de certains styles de management, la standardisation des goûts et des besoins dans le commerce… ne peuvent plus répondre aux besoins de reconnaissance et de prise en compte des spécificités, des signes faibles,  des implicites et autres tabous culturels des différents groupes sociaux ayant accès à l’économie mondiale. 

Pour mettre en oeuvre de nouveaux paradigmes, les compétences interculturelles devront être développées dans de nombreux domaines, y compris dans des domaines qui avaient pu en faire fi jusqu’à présent ou avaient pu les gérer avec un prisme plus comptable qu’humain (par exemple, une (in-)formation de deux heures sur des indicateurs culturels chiffrés plutôt qu’un plan de formation sur des compétences en écoute, en gestion des implicites lors d’une réunion, la compréhension « créative » d’un mot « transparent » dans plusieurs cultures…) .

L’interculturel fait l’objet d’un intérêt renouvelé et “dégadgétisé”. Des exemples récents issus de domaines fort différents affluent. Considérons les trois domaines suivants:

. la défense: L’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale à Paris vient de consacrer une journée d’étude sur l’interculturalité.

. l’éducation: Les compétences interculturelles font l’objet de publications de l’UNESCO et du Conseil de l’Europe

. le numérique: Des groupes de divertissement comme Netflix, certes sous pression concurrentielle et institutionnelle… et même s’ils conservent un catalogue encore très centré sur les Etats-Unis, développent de productions locales. 

Un nouvel ordre mondial se dessine qui augure de besoins renouvelés, diversifiés et accrus de qualité des services et des produits comme de respect des managés et des citoyens. L’écoute, l’empathie, la prise en compte des spécificités, la gestion des situations de communication complexes telles que les abordent les démarches interculturelles vont devoir être développées. Si la mondialisation tousse, l’interculturel devrait continuer à bien se porter.

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